Joachim Romain et ses portraits lacérés

21 décembre, 2016

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Joachim Romain est un artiste aux multiples facettes. Photographe et plasticien, il place le portrait lacéré et l’usure du temps au centre de son travail.

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6b, mars 2015

L’artiste s’inspire et s’imprègne de tout ce qui l’entoure depuis son plus jeune âge. Né au havre, ville portuaire où règne l’odeur salée de la rouille et de l’usure, il développe très tôt sa sensibilité artistique au contact des oeuvres tant classiques que contemporaines qui parsemaient la maison familiale. Son père, photographe, lui offre son premier appareil photo pour ses 15 ans. 

«Mon père est un passionné de photographie. On a déjà exposé ensemble plusieurs fois au Havre, notre ville d’origine.»

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Live, 116 x 89 cm, 2016

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Lock, 100 x 80 cm, 2016

Il entre ainsi dans le milieu de la création. Le graffiti arrivera dans sa vie un peu plus tard, lorsqu’à l’âge de 18 ans il débarque à Paris et devient assistant maquettiste et photographique.

Son parcours professionnel l’aura fortement influencé. Il tire sans nul doute son amour pour le papier de son expérience dans les imprimeries. Son goût pour la typographie, quant à lui, il le doit au milieu de la publicité. Les affiches publicitaires prennent alors place tout naturellement dans son univers artistique au même titre que la photographie.

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Festiwall, mai 2016

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Carre, Familly drugstore, 2016

Son travail est aujourd’hui un brassage d’influences et de passions, dont le coeur est le portrait. Depuis sa première exposition personnelle en mars 2002 à l’Urban Typo (Paris) il ne cesse de séduire et de partager son art dans une multitude de galeries à travers la France et au delà de nos frontières, à Miami ou encore Istanbul.

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Mixer Gallery, Istanbul, novembre 2013

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Je, 140 x 111 cm, 2015

Dans la lignée du Dadaïsme ou du Pop art, Joachim Romain modifie ce que l’on connait en quelque chose que l’on redécouvre et observe. Une idée prédomine : l’usure. Au même titre qu’un antiquaire s’émerveille devant le passage du temps sur l’art, Joachim l’accélère et le sublime. Ses divers travaux sur la rouille sont un exemple précis de son amour pour l’érosion, la vétusté et l’altération.

Il court vers le futur, et considère les marques du temps comme un ennoblissement. Dans notre société de sur-consommation pressante, l’usure rime avec destruction et ordure, or Joachim cherche à démontrer qu’il existe plusieurs nuances dans ce processus de vieillissement. Tel un restaurateur d’oeuvre d’art, il déplace l’utilité de l’objet en le rendant oeuvre à contempler.

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La Maison Bleue

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Barcelone, 2014

Il utilise ainsi divers médium, l’affiche, bien entendu, mais aussi la photographie, tout autant support de portrait et de typographie.

«Je suis tout d’abord photographe avant d’être plasticien. Et c’est au cours de mes recherches que j’ai découvert les portraits lacérés qui émergent des affiches publicitaires notamment en 2006 à Sarajevo.
Le portrait lacéré est du coup devenu la base essentielle de mes créations. »

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ER, 120 x 100 cm, 2016

Il n’a de cesse de vouloir modifier la matière, particulièrement la publicité. Au delà de son attrait pour le papier, les affiches publicitaires sont aussi l’une des composantes de la rue les plus accessibles et réutilisables ; tant dans leur matérialité que dans leur symbole. La pub nous assomme, elle s’impose à nous sans que nous puissions y échapper. Ce martèlement, l’artiste a décidé qu’il serait bilatéral. Il les malmène alors, les détache de leur force primaire pour créer autre chose. Rendre vivant un art qui n’en est pas un.

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Custom Macintosh, 6b, 2016

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Arras, septembre 2016

«J’ai toujours aimé la pub. Aujourd’hui, elle est le support principal de mon travail, c’est la matière première qui compose mes pièces. En effet je les réalise avec l’affiche et les portraits, les icônes de la mode publicitaire.

Si elle est à l’origine de mon travail, c’est pour mieux en faire la critique. Fast_Shop (projet photographique fixant nos attitudes d’achats Online. En savoir plus) est à la fois le lien le plus étroit avec la publicité et à la fois la critique la plus poussée.»

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Fast_Shop, Sans titre (Paris) – 80 x 120 cm, 8 exemplaires, Photographie en tirage Lambda Brillant contrecollé aluminium, 2010

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Fast Shop, 2015

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Fast_Shop, Sans titre (Paris) – 80 x 120 cm, 8 exemplaires, Photographie en tirage Lambda Brillant contrecollé aluminium, 2010

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Fast Shop, So People, 2015

Car Joachim Romain n’est pas un contestataire endurci. Il ne tente pas de protester contre la société de consommation, mais plutôt de jouer avec elle et ses propres cartes. Il travaille ainsi régulièrement en collaboration avec de grandes enseignes telle que HardCore Session, ThinkTankParis, Familly DrugStore.

«C’est une démarche intéressante de par le support différent la possibilité de toucher d’autres personnes que tes réseaux.

L’utilisation de la consommation dans la consommation ? c’est clair et je pense que j’ai encore du travail a réaliser avec les marques.»

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Restaurant Imago, décembre 2016

Montreuil Street Art Festival, Salle descalade Arkose, septembre 2015

Montreuil Street Art Festival, Salle descalade Arkose, septembre 2015

Ses techniques : la lacération, la brûlure, le collage, tout ce qui peut transformer une oeuvre 2D, en une sculpture. L’entrée de la 3D est ainsi quasi systématique dans son processus créatif.

«En ce moment, mes travaux en extérieur sur la lacération évoluent. Je ne me contente plus de rechercher les signes typographiques ou les portraits cachés sous les couches d’affiches de pub. Je mets en scène cette recherche en créant une composition d’affiches déchirées, lacérées, décomposées.

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Barbes, Paris

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Installation, 2015

C’est un peu un jeu avec la publicité qui s’est mis en place au fur et à mesure lors de mes recherches dans différentes villes et capitales. D’abord tu te caches pour arracher, puis petit à petit tu donnes du volume, de l’ampleur à cette « chasse au trésor ». Ça a commencé timidement à Istanbul et Barcelone et ensuite Barbes où j’ai fait un beau mur.»

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Hit, 53 x 80 cm, 2016

«Un va-et-vient permanent entre la rue et l’atelier»

Il donne vit à des matériaux ordinaires dans le but d’enrichir nos rues et d’émerveiller nos pupilles.

«Même si ce que je fais n’est pas toujours autorisé par la loi, j’espère que quand j’investis la rue, c’est plus pour offrir une parenthèse artistique aux passants qu’un acte de vandalisme. J’aime d’ailleurs prendre le temps d’écouter les gens qui commentent mon travail en direct et parfois échanger avec eux, cela peut donner de jolies rencontres.»

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Paris 75009, novembre 2016

Sans se vouloir engagé ni dénonciateur, Joachim Romain ne fait pas que dans l’esthétique et soulève une problématique liée à la vie elle même, en ne considérant pas le passage du temps comme une fatalité à retarder, mais au contraire comme un cheminement noble. Il détourne la société de consommation pour la rendre plus digeste, et bien plus encore, il la rend éloquente et délectable.

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Manufacture111, octobre 2015

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Les Halles, Paris, aout 2016

«Je considère que l’art sous toutes ses formes peut contribuer à sensibiliser les personnes. Pour ma part, le développement durable et la surconsommation me préoccupent et mes différents travaux notamment réalisés au moment de la Cop 21 relevaient d’un fort engagement citoyen (démarche participative « 2 degrés » avec Déchets D’arts).

Mais comme en tant qu’artistes, nous nous devons de trouver les formes les plus sensibles pour toucher nos publics, cela revient à l’essence même de l’esthétisme. Pour moi, il n y a donc pas d’opposition, mon engagement est peut être mon moteur et l’esthétisme ma finalité, ou l’inverse….»

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Saint-Ouen, octobre 2015

L’art de Joachim Romain a tout autant sa place dans les rues que dans les galeries. Il a conscience de l’avantage des expositions et sait les apprécier.  Il expose ainsi dans de nombreuses galeries telles que la galerie SBK, la galerie Lebenson, le 6b ou encore Galerie La Glacière, sans jamais délaisser son travail de rue.

«Le travail actuel des Street artistes a permis de composer de véritables installations in situ. Pour ma part, je prends autant d’attention à composer mes pièces dans la rue que lorsque je conçois mon accrochage en galerie.»

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Tour Pleyel, mai 2014

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6b, 2013

«Le travail à ciel ouvert permet un contact direct et souvent inattendu avec les amateurs. Les passants peuvent être très attentifs, très curieux voire très précis dans leur commentaires comme lors du parcours Aucwin. On peut retrouver la même attention que lorsque nous échangeons lors des vernissages en galerie.»

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Marches Stade De France, Parcours Aucwin, 2015

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Parcours Aucwin, 2015

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Street Art Avenue, Saint-Denis, Mai 2016

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Street Art Avenue, Saint-Denis, Mai 2016

«De plus, mon travail à cela d’original qu’il est lui-même un va-et-vient permanent entre la rue et l’atelier. C’est à partir d’affiches publicitaires glanées dans la rue que je conçois des portraits travaillés en atelier et recollés dans la rue, leur milieu naturel »

Angers, décembre 2016

Angers, décembre 2016

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Toulouse

Il a récemment pris part à un projet novateur initié par le 9ème concept (collectif avec lequel il travail depuis 15 ans): les Francs Colleurs. Il fait ainsi entrer ses oeuvres dans un «moule universel» : la goutte. L’enjeu du projet est de créer une communauté autour de cette forme unique et démultipliable et ainsi «mettre en avant la force plastique et graphique de la scène urbaine». Chaque artiste ou amateur crée son collage à partir de plusieurs stickers en forme de gouttes.

«(C’est) l’occasion (pour le) public d’investir la rue de manière ludique et créative en lui offrant une vision décomplexée du monde de l’art.» Explique le collectif sur son site internet

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Francs-Colleurs, 2015

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Francs-Colleurs, mai 2015

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Francs-Colleurs, 2016

Joachim Romain est sans aucun doute un artiste dans l’air du temps. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore autant que pour ses amateurs, 2017 sera une année riche en rendez-vous.  Dés janvier la galerie urbaine à Uzes lui consacrera une exposition «focus», il sera ensuite en résidence d’artiste à la galerie Jed Voras dans le cadre d’un projet Emmaüs.

Puis au printemps 2017, il nous dévoilera un solo show à Lyon à la galerie SBK pendant le moi d’avril, et participera au Festival Street Art au Portugal en juin. En septembre il n’est pas peu probable que nous le voyons atterrir sur le territoire belge pour un duo show à la galerie Francis Noel. De quoi nous tenir en haleine toute l’année !

Crédits photographiques : Joachim Romain / joachimromain.com

Joachim Romain – Déformation manuelle au parpaings :

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– Doriane Coelho –

21 décembre, 2016

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Catégorie(s) : Street Art / Art Urbain

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