Jérôme Mesnager : interview et visite de son atelier en toute intimité…

19 juin, 2017

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Jérôme Mesnager fait partie des monuments du street art français. Actif depuis les années 80, il dessine sans le savoir les contours d’un courant en devenir, aux cotés de Blek le rat, Miss.Tic, Jef Aérosol ou encore Némo.

Jérôme Mesnager street art

Portrait de Jérôme Mesnager ©Gilles Dacquin

 jérôme mesnager art urbain


Il est l’un des fondateurs du célèbre collectif de graffeurs «Zig-Zag» apparu en 1982. En 1983 il trouve sa marque de fabrique : le petit homme blanc, qui le suit sans faillir, depuis maintenant plus de 34 ans.

Il a accueilli chaleureusement l’équipe de Strip Art dans son atelier pour une interview exclusive ! Rencontre d’une légende à la française.

Jérôme Mesnager art de rue


L’amour de l’homme, l’amour de l’art


STRIP ART : Comment trouvez-vous encore l’inspiration de dessiner vos corps blancs après plus de 30 ans de vie commune ?

JÉRÔME MESNAGER : C’est infini ! C’était infini dès le départ, j’aurais fait autre chose si j’avais été dans une impasse.

« La création c’est comme un labyrinthe, ce qui compte c’est de trouver le chemin qui mène le plus loin. »

On espère toujours qu’il mènera vers la sortie, mais on ne sait pas si on la trouvera.

Les corps blancs représentent le mouvement donc tous les mouvements sont possibles. Et puis je fais des tas de recherches sur l’amour et ce qu’évoque l’amour…

 


STRIP ART : C’est donc par amour pour l’amour et l’être humain que vous dessinez ces personnages ?

JÉRÔME MESNAGER : Oui, et puis avec les corps nus il y a toujours une évocation de la Renaissance italienne. Je cherche à exprimer le sentiment de l’être humain, de la tristesse à la joie jusqu’à la plus grande allégresse.


STRIP ART : Quels sont vos autres sujets de prédilection ?

JÉRÔME MESNAGER : L’amour, la tristesse, la bagarre… Tout ce qui est sentiment humain. J’essaie d’exprimer à la fois ce que je ressens, chaque coup de pinceau a sa valeur, et à la fois je traite d’autres sujets qui vont plus loin, dans le monde du rêve par exemple.


Je développe énormément l’imaginaire et donc l’imaginaire de ceux qui regardent. Je peins pour les gens, je ne peins pas pour moi.

« Alors quand mademoiselle Humanité a de beaux yeux, je l’aime ! »


Peintre et fantôme


STRIP ART : Vous re-visitez régulièrement des chefs d’oeuvre de l’art classique, pourquoi un tel choix ?

JÉRÔME MESNAGER : C’est justement là que c’est infini, tout se rejoint toujours. Plus on va dans une direction plus on retourne sur une direction qui a déjà été prise.


Je suis comme un pèlerin qui fait le tour du monde et qui fait un bout de route une fois avec Rodin, une fois avec Renoir, j’ai aussi fait quelques pas avec Yves Klein… Je fais des rencontres sur ma route, avec des gens vivants ou morts. On rencontre aussi les morts par l’art qu’ils ont laissé…


STRIP ART : De quels artistes classiques vous sentez-vous le plus proche ?

JÉRÔME MESNAGER : Je me sens un peu fantôme donc je ne suis pas très loin des gens qui sont décédés et qui ont laissé des traces. Il m’arrive de marcher dans la rue et que les gens autour de moi ne me voient pas…

Alors, après tout, on est peut-être tous des fantômes !


Jérômes et ses aventures picturales


STRIP ART : En 1995 vous réalisez la fresque «c’est nous les gars de Ménilmontant», quel message est à l’origine de cette composition ?

JÉRÔME MESNAGER : On la voit du haut de la tour Eiffel ! C’est comme un tableau dans la ville.

« J’aimais bien l’idée qu’on regarde la ville et qu’on y voit un tableau comme s’il était accroché. »

En fait la commande est arrivée en 1988 mais la signature est de 1995. Il y a eu sept ans d’attente durant lesquels j’ai eu le choix de plusieurs murs. J’attendais que celui-ci soit disponible.

D’abord parce que j’habitais juste au-dessus et je savais que de-là on dominait tout Paris, et puis parce qu’on le voit depuis la Tour Eiffel.

C’est nous les gars de Ménilmontant, 1995 © Anaïs Ledure


C’était le quartier où j’habitais, donc j’ai fait comme une grande porte pour montrer l’entrée et la solidarité qui y régnait. Il y a un hommage à la Danse de Matisse, bien sur, et puis la citation est un hommage à Maurice Chevalier avec sa chanson Ménilmontant.

«Les gars de Ménilmontant…» (fredonnement de Jérôme)


Pour la petite histoire, quand on a eu l’échafaudage, il devait rester là toute une nuit. J’ai eu tellement peur que des graffeurs en profitent pour y monter et massacrer mon boulot que j’ai passé la nuit en haut avec des copains jusqu’à son démontage complet.

Ça aurait été trop facile de massacrer mon boulot, et quand on a attendu sept ans…


STRIP ART : Quels lieux les plus atypiques avez-vous peint ?

JÉRÔME MESNAGER : Le truc le plus insolite c’était en 1989, quand on a emmené l’une de mes toiles dans l’espace. On s’est dit qu’il y aurait peut-être une fusée un jour qui se la prendrait en pleine face…

Après il y a eu la Muraille de Chine, les multiples catacombes, il y’a eu des trucs au Japon, en Afrique…


STRIP ART : Ce sont à chaque fois des oeuvres spontanées ou préméditées ?

JÉRÔME MESNAGER : Circonstances aventurières ! J’ai quand même toujours la combinaison de l’aventurier dans ma tête. Je voyage, j’ai traversé des déserts…

Mon côté aventurier fait que j’essaie toujours d’aller plus loin et de faire rêver les gens. Et puis j’ai la chance que mon travail se lise quelque soit la langue, il est universel.

« J’ai l’universalité d’expression. »


Copains comme pinceaux !


STRIP ART : Vous peignez au pinceau, jamais au pochoir ?

JÉRÔME MESNAGER : Non parce que ça arrête l’image.

Le pochoiriste est admirable au moment où il découpe, après il faut tomber sur les exceptionnels, comme Jean-Pierre le Boulc’h dans les années 60, ou aujourd’hui Artistes Ouvrier, qui se sert de ses bombes et de ses pochoirs d’une manière totalement libre. Là on a une utilisation du pochoir intéressante.

Après ce n’est pas la technique qui fait le peintre…


STRIP ART : Comment choisissez-vous vos collaborations artistiques ?

JÉRÔME MESNAGER : Par amitié !

Il y a Nemo, depuis 30 ans, avec qui je partage une amitié énorme, une énergie durable. Et puis j’ai travaillé avec beaucoup de gens. Je rencontre des jeunes et des plus anciens. J’ai rencontré Ernest Pignon Ernest en 1971, en 1981 j’ai rencontré Zlotykamien.

Jérôme Mesnager, Mosko & Nemo, 2014, Paris 20ème


Les collaborations qui m’ont le plus marqué je pense que c’est Nemo, Artiste Ouvrier, Mosko… Et puis il y a les grands murs collectifs où on peut se retrouver à 50 sur un mur !

Jérôme Mesnager, Mosko & Nemo, Paris 19ème

 


À la rencontre de l’artiste…


STRIP ART : Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

JÉRÔME MESNAGER : Je reviens d’un voyage en Georgie où il y a eu un festival d’art de rue. Cet été il va y avoir les festivals et les expos. On parle de l’ouverture du MAUSA avec l’inauguration en septembre ou octobre. Après il y a une cinquantaine d’expos prévues, surtout en France.

Je mets toute l’actualité au quotidien sur mon Facebook !


STRIP ART : Qui peut avoir l’honneur de visiter votre atelier ?

JÉRÔME MESNAGER : Il suffit d’appeler et de prendre rendez-vous ! Tout le monde est le bienvenue. Toute l’année l’atelier est ouvert au public et à partir de cet été je vais ouvrir au public mon atelier de Normandie.

A bon entendeur !


Crédits photographiques : Doriane Coelho // Strip Art

Lieu : Atelier de Jérôme Mesnager

Clip Jérôme Mesnager & La Rue Ketanou 2002 :

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– Doriane Coelho –

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19 juin, 2017

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Catégorie(s) : Street Art / Art Urbain

Une réponse

  1. BRETON François dit :

    Un seul mot d’un très modeste admirateur :

    BRAVO !

    FB

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